02 février 2007
Liberticide???
Liberticide ?
La loi sur le tabac est-elle liberticide ? Certains posent la question, semble-t-il…
Vraie ou fausse question ? (Après tout, on n’interdit pas aux gens de fumer, mais seulement de s’abstenir dans les lieux publics)… A supposer que ce soit une vraie question, est-ce une question philosophique ? Ou plutôt une question à laisser aux philosophes...
C’est ce à quoi je pensais en rendant visite à un patient, ce matin. Usant et abusant de sa liberté de fumer, le voici porteur d’un cancer ORL, d’une sonde de gastrostomie et dune sonde de trachéotomie. Et le pire est peut-être à venir.
Alors ? Alors je me disais que si cette loi liberticide avait eu cours il y a 30 ans, mon patient n’en serait pas à se demander à chaque minute, ce qui allait lui tomber sur le paletot…
16:29 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé
04 janvier 2007
SDF...
On va l'appeler Sébastien...
Sébastien, patient taciturne et asocial (d’où la suite) m’a raconté, il y a quelques jours, son cheminement et m’a fait part de son projet : acquérir un appartement dans une grande ville du Nord de la France, pour se rapprocher de ses enfants et s’éloigner de sa mère (avec laquelle, il entretient une relation de type sadomaso).
Il m’a expliqué que le chemin le plus sûr consistait à devenir SDF... Ni plus, ni moins...
Le voici donc devenu clochard dans la grande ville en question. Il a élu domicile aux abords d’un centre commercial, et fait la manche aux coté de « Pépé », dont je parlerai bientôt. Le soir, il fait appel au 115 , pour demander à passer la nuit dans un centre d’hébergement ; là, il se fait connaître comme SDF mais demandeur de logement, afin (semble-t-il) de pouvoir bénéficier, promptement, d’un « logement social ».. (je précise que mon patient n’est pas sans ressource puisqu’il dispose d’une pension d’invalidité et des avantages légitimes qui vont avec).
« Pépé » est donc son associé. Pépé ne mange plus, n’ingurgite que de la bière et du vin... Mais il ne quitte jamais sa place, de peur qu’on ne lui la pique : même pas pour aller acheter ses boissons... D’où la nécessité de travailler avec un acolyte, qui, lui, se déplacera ! Ce que fait Sébastien, non sans scrupules : car ayant arrêté de boire depuis plus d’un an, il répugne à souffrir d’une réputation d’alcoolique qu’il ne mérite pas. Au contraire : il ne prend plus le moindre verre de boisson alcoolisée, et, d’ailleurs suit régulièrement un traitement.
C’est d’ailleurs pour un contrôle médical et le renouvellement de son traitement qu’il est venu au cabinet... Il en profite pour m’expliquer quelques principes : se vêtir chichement, mais chaudement (il laisse au domicile de sa mère les quelques vêtements de marque qu’il possède), ne pas importuner les nombreux chalands, partager les revenus (non négligeables en cette période où les SDF sont médiatisés), « bien se faire voir par la Police » (je reprends les termes)et donc, pour ce qui le concerne, rester sobre...
Rester sobre... Cela revient comme un leitmotiv... Il est vrai que Sébastien a déjà payé un lourd tribu aux excès : il ne supporte pas l’alcool en réalité et son absorption se complique bien souvent de ce qu’on appelle, en médecine, une ivresse pathologique. Un soir, il s’était frotté si rudement à sa mère qu’il l’avait envoyée, pour quelques jours, à l’hôpital (trauma crânien, fracture du malaire) ; et même, une nuit, il s’était retrouvé avec le sexe lacéré sans savoir ni comment, ni pourquoi...
Affaire à suivre donc !
09:15 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé, sdf
29 novembre 2006
Trouver les arguments...
Louis a soixante ans... Deux passions: la pêche (seul au bord de l'eau, les petits oiseaux, le bon air...) et son contraire, le bistrot (les copains, le brouhaha, la tabagie).
Tout allait bien (jusqu'à présent tout va bien, vous connaissez la musique...) mais le pire était à venir et c'était prévisible!
On vient de lui découvrir un adénocarcinome infiltrant de la loge pré épiglottique, autrement dit un cancer de la gorge.Pas de ganglions, pas de métastases: ça doit pouvoir guérir... Les spé lui proposent une pharyngo-laryngectomie totale à visée curative, « sans alternative thérapeutique »...
La grosse intervention, donc- mutilante(plus de larynx, une sonde de trachéotomie), mais, au bout, la possibilité d'une guérison-.
Pour ce patient très sympa, qui a sans doute eu le tort, de prendre la vie à la légère, c'est une « rude secousse », comme il le dit lui-même. Pour le moment il est réfractaire à l'idée de se faire opérer, à l'idée de ne plus pouvoir parler et d'avoir un « tuyau dans la gorge ». Insupportable pour un homme qui vivait libre, sans femme, sans difficulté financière, sans aucun doute, sans aucun regret, sans aucun remords, peut-être (mais là je m'avance, je n'en sais rien).
On pourrait laisser aller, se dire qu'on le comprend, qu'après tout il est libre et qu'on refuserait également de telles perspectives, mais comment laisser un patient passer à coté d'une possible guérison, ou, au minimum d'une survie bien plus confortable?
Pour le moment, c'est un non franc et massif.
Quant à moi, je suis convaincu de l'intérêt d'une intervention... Il faut trouver les arguments...
Le temps presse!
19:45 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé
27 novembre 2006
Savoir communiquer.
Cette fois, on va l’appeler Madame Bilbao, en raison de ses origines espagnoles (mais elle ne s’appelle pas Madame Bilbao, vous connaissez le refrain – secret médical, nécessaire discrétion et tutti quanti-).
Madame Bilbao est une fidèle: je la connais depuis dix ans, et, pourtant, pourtant, je ressens un malaise à chaque consultation. Je ne parviens pas en reconnaître l’origine…
Ce matin, je suis en pleine forme ; j’ai bien dormi, je suis à l'écoute...
C’est, donc, le tour de Madame Bilbao...
Rien de spécial : elle vient pour la surveillance de son hypertension artérielle, et la consultation débouchera, sans doute, sur le renouvellement pur et simple de son traitement habituel.
Effectivement, ça a l’air d’aller : tension normale, auscultation normale, juste un petit rhume.
Commence, malgré tout, la litanie des questions… C’est l’habitude, Madame Bilbao est fort anxieuse et a besoin d’en savoir un plus. Normal !
Extrait du dialogue:
"Cette douleur du coté du cœur, vous pensez pas que ça pourrait être de l’angine de poitrine ?
- Je suis certain que…
Et l’essoufflement quand je monte l’escalier, ça pourrait pas venir du cœur ?
- Je pense que…
Les boutons, là sur la langue, regardez, ça serait pas dû aux médicaments ?
- Il faudrait…"
Euréka…J’aurai du comprendre plus tôt, d’ailleurs : cette patiente pose des questions, mais se fiche complètement des réponses… Mieux, elle ne les écoute même pas… Et encore mieux ( faut le faire !) : elle ne donne même pas à son interlocuteur la possibilité de répondre.
D’où le malaise…
Et je me dis qu’il est bien difficile de communiquer !!!
12:52 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé
29 octobre 2006
Pourquoi faire simple?
Un patient (30 ans, enseignant, sans doute un disciple d’Alméria ! !) a repris la cigarette, après six mois d'arrêt.
Sa motivation ?: "Je fume pour me mettre en danger".
Au moins, c’est clair et net.
Surprenant ? Pas vraiment.
Ce qui est surprenant, c'est plutôt cette franchise...
Pour le reste (le besoin de se mettre en danger dans un monde trop lisse), il paraît que c'est un besoin fondamental pour certains.
C'est évident pour ceux qui pratiquent, par exemple, les sports à haut risque, moins évident pour d'autres.
Mais si, finalement, c'était un besoin fondamental pour tout le monde ?
En tous cas, dans le raisonnement médical, c'est une donnée à ne pas négliger. On parle souvent de négligence pour expliquer certaines attitudes a priori irrationnelles...
Il faut, aussi, compter aussi sur ce besoin!
16:50 Publié dans Pour le plaisir de parler | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, santé
24 octobre 2006
Faire confiance?
Une patiente: « Je vous fais entiérement confiance ».
Bizarrement, ce n'est pas du tout ce que j'aime entendre... Ca ne l'a jamais été, d'ailleurs!
« Non, Madame, il ne faut pas me faire confiance totalement (aveuglement): je ne sais pas tout, j'ai des moments de distraction, de fatigue... C'est de votre santé qu'il s'agit, de votre vie peut-être! ».
Voilà ce que je devrais dire et que je ne dis pas.
J'aimerais que mes patients ne prennent pas pour argent comptant mes faits et gestes, qu'ils me posent plus de questions, qu'ils aillent voir ailleurs, quelquefois, même si je ne l'ai pas suggéré.
En bref, je voudrais, et je me répète, même si c'est un peu lâche, qu'ils ne me fassent pas TOTALEMENT confiance!
Je voudrais qu'ils sachent que je fais tout MON possible pour les aider... Mais que ce n'est pas toujours suffisant.
18:50 Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé
09 octobre 2006
Plénitude
« Plénitude, sensation de plénitude », ce sont les mots qui me venaient, sans cesse, à l’esprit, comme un leitmotiv, après avoir couru, ce dimanche, à travers le bocage.
Plénitude (dictionnaire Larousse) : intégralité, totalité… Pas vraiment ce que je veux exprimer. Je veux plutôt dire cette sensation d’être en harmonie avec la nature, de ne manquer de rien, de ne vouloir rien de plus …
Cette sensation de plénitude, je l’avais éprouvée au bout de vingt minutes de course et pendant quinze minutes environ… avant que les premiers signes de fatigue ne se fassent sentir, à leur tour.
(Je parle bien de plénitude, et non d’exaltation qui serait la marche supérieure : quelque chose de plus extraordinaire que l’on ressent de manière exceptionnelle - pour ce qui me concerne, je pense l’avoir éprouvée deux ou trois fois en vingt ans, pas plus-.)
Certains physiologistes ont avancé, pour expliquer ces sensations, l’hypothèse de la sécrétion d’endorphines, sans doute au niveau de la voûte plantaire ( ??) . J’ai quelque peine à y croire, d’autant que certains mettent plutôt en cause un certain degré d’hypoxie cérébrale liée à l’effort : ceci correspondrait, d’ailleurs, à ce que je ressens(je constate que cette sensation précède, de peu, la fatigue)…
Peu importe : quand je cours, j’éprouve de manière quasi constante cette « sensation de plénitude » : c’est même sa quête, qui m’incite à courir…
Voilà une bonne raison de faire du sport : celle de rechercher (et trouver) des sensations que l’on n'éprouve pas ailleurs !
19:09 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, santé
04 octobre 2006
Des nouvelles de Madeleine
Madeleine-qui refuse l'hospitalisation (note du 29 septembre), campe sur ses positions: elle ne veut pas aller à l'hôpital, un point, c'est tout. Mes explications, claironnées à l'oreille, n'ont pas convaincu....
Madeleine admet bien que la situation puisse paraître sérieuse, mais « elle ne se sent pas plus mal », (ce qui se comprend, puisqu'elle ne fait qu'aller du lit au fauteuil et du fauteuil au lit, et, que, dans ces conditions, une grosse anémie peut être bien tolérée longtemps).
De plus, elle a bénéficié,pour conforter sa décision, de la neutralité « bienveillante » de son fils Patrick, qui part du principe que sa vieille maman « est assez grande pour décider ».
Sans compter-et c'est, à mes yeux, le plus grave-, sans compter, donc, les propos rassurants de l'infirmière qui vient tous les jours, au domicile, faire la toilette, des propos qui ressemblaient, grosso modo à ceci: « Si vous mangez du foie de veau, tous les jours, ça devrait s'arranger !» (ce qui est fort douteux!).
On en est là : on surveille -ce qui pourrait vouloir dire: « Advienne que pourra! ».
L'exercice de la médecine est bien difficile par vents contraires!
18:58 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé

