02 février 2007

Liberticide???

Liberticide ?

La loi sur le tabac est-elle liberticide ? Certains posent la question, semble-t-il…

Vraie ou fausse question ? (Après tout, on n’interdit pas aux gens de fumer, mais seulement de s’abstenir dans les lieux publics)… A supposer que ce soit une vraie question, est-ce une question philosophique ? Ou plutôt une question à laisser aux philosophes...

C’est ce à quoi je pensais en rendant visite à un patient, ce matin. Usant et abusant de sa liberté de fumer, le voici porteur d’un cancer ORL, d’une sonde de gastrostomie et dune sonde de trachéotomie. Et le pire est peut-être à venir.

Alors ? Alors je me disais que si cette loi liberticide avait eu cours il y a 30 ans, mon patient n’en serait pas à se demander à chaque minute, ce qui allait lui tomber sur le paletot…

11 janvier 2007

Robert s'est pendu...

Robert s’est pendu.
Robert tenait échoppe il y a quelques années, dans le quartier, et on faisait des kilomètres pour commercer avec lui. Qu’est-ce qui l’a conduit à une telle extrémité ? La maladie –un cancer de la gorge dont il a été opéré-, la perspective du vieillissement ou autre chose encore ? ? On ne le saura sans doute jamais et, de toutes façons le problème n’est pas là.

Car Robert est vivant : il a été dépendu très tôt et il respire spontanément; son pouls est perçu, mais il est inconscient : Glasgow 4 pour les spécialistes, c’est à dire coma très profond, avec, au moindre stimulus, un mouvement des membres en extension (on parle dans ces cas là de décérébration).
Au cou, on voit les marques de la strangulation et, témoin de ses antécédents, une sonde de trachéotomie.

Nous mettons en route la médicalisation(dans le cas présent une sédation, mais je ne rentre pas dans les détails), avant de le transporter dans un service de réanimation du CHU.

Robert va-t-il s’en sortir, et avec quelles séquelles ? Je ne sais pas ...

Notre action -qui va peut-être priver cet homme de la mort qu’il a choisie- est-elle légitime ? Ce n’est pas à nous sauveteurs de nous poser la question: on ne répond pas à de telles questions dans l’urgence.
Mais à supposer que cet acte soit le fruit d’une longue réflexion, alors nous avons sans doute fait pire que mieux ! ! !

04 janvier 2007

SDF...

On va l'appeler Sébastien...

Sébastien, patient taciturne et asocial (d’où la suite) m’a raconté, il y a quelques jours, son cheminement et m’a fait part de son projet : acquérir un appartement dans une grande ville du Nord de la France, pour se rapprocher de ses enfants et s’éloigner de sa mère (avec laquelle, il entretient une relation de type sadomaso).

Il m’a expliqué que le chemin le plus sûr consistait à devenir SDF... Ni plus, ni moins...

Le voici donc devenu clochard dans la grande ville en question. Il a élu domicile aux abords d’un centre commercial, et fait la manche aux coté de « Pépé », dont je parlerai bientôt. Le soir, il fait appel au 115 , pour demander à passer la nuit dans un centre d’hébergement ; là, il se fait connaître comme SDF mais demandeur de logement, afin (semble-t-il) de pouvoir bénéficier, promptement, d’un « logement social ».. (je précise que mon patient n’est pas sans ressource puisqu’il dispose d’une pension d’invalidité et des avantages légitimes qui vont avec).

« Pépé » est donc son associé. Pépé ne mange plus, n’ingurgite que de la bière et du vin... Mais il ne quitte jamais sa place, de peur qu’on ne lui la pique : même pas pour aller acheter ses boissons... D’où la nécessité de travailler avec un acolyte, qui, lui, se déplacera ! Ce que fait Sébastien, non sans scrupules : car ayant arrêté de boire depuis plus d’un an, il répugne à souffrir d’une réputation d’alcoolique qu’il ne mérite pas. Au contraire : il ne prend plus le moindre verre de boisson alcoolisée, et, d’ailleurs suit régulièrement un traitement.

C’est d’ailleurs pour un contrôle médical et le renouvellement de son traitement qu’il est venu au cabinet... Il en profite pour m’expliquer quelques principes : se vêtir chichement, mais chaudement (il laisse au domicile de sa mère les quelques vêtements de marque qu’il possède), ne pas importuner les nombreux chalands, partager les revenus (non négligeables en cette période où les SDF sont médiatisés), « bien se faire voir par la Police » (je reprends les termes)et donc, pour ce qui le concerne, rester sobre...

Rester sobre... Cela revient comme un leitmotiv... Il est vrai que Sébastien a déjà payé un lourd tribu aux excès : il ne supporte pas l’alcool en réalité et son absorption se complique bien souvent de ce qu’on appelle, en médecine, une ivresse pathologique. Un soir, il s’était frotté si rudement à sa mère qu’il l’avait envoyée, pour quelques jours, à l’hôpital (trauma crânien, fracture du malaire) ; et même, une nuit, il s’était retrouvé avec le sexe lacéré sans savoir ni comment, ni pourquoi...

Affaire à suivre donc !

02 décembre 2006

Midi à sa porte

Etant médecin et, de plus, sapeur pompier, on a pris l’habitude de frapper à ma porte quand une situation semble urger .

Je ne me plains pas ; j’aime ça, même si ça peut apparaître bizarre ou suspect.

Ce fut le cas hier.

Une jeune femme vient au cabinet, fort marrie : une amie vient de lui téléphoner pour lui dire (le beau cadeau !) « qu’elle en a marre et qu’elle a pris des médicaments pour en finir ». Dans les minutes qui suivent, elle a essayé de prendre contact avec son amie, s’est présentée sur le pas de sa porte, a tambouriné, mais il a fallu se rendre à l ‘évidence : la victime ( ?) ne répond pas aux appels.

Je vais vérifier à mon tour (cela se passe à 100 mètres, à peine) : pas de réponse à mes appels, non plus…. Les voisins sont formels: ils n’ont pas vu sortir madame Dupont (ce sera son nom dans cette note).

Dès lors, pas d’alternative, apparemment : il faut faire appel aux collègues pompiers…

... Ce qui n’est pas forcément simple et ceux qui ont déjà fait appel au « 18 » pourraient peut-être en témoigner. Toujours est-il que je décline mon identité (le centre de traitement de l’alerte est à 100 kilomètres et les stationnaires sont souvent jeunes et loin de connaître tout le monde), et que je leur raconte mon histoire ;mais ils restent méfiants : n’y a-t-il pas autre chose à faire et en particulier, n’y a-t-il pas dans l’entourage, un quidam qui pourrait détenir le double des clefs (Non, j’y ai pensé, quand même !).

Je commence à m’énerver un petit peu : « Bon aller, laisser tomber, je vais essayer de me débrouiller de mon coté », et, là, le "stas", prenant peur, sans doute, finit par déclencher les secours… Et pas n’importe quels secours : rien moins qu’une ambulance, un fourgon tonne (le gros camion de pompier) et la grande échelle (ça se passe au deuxième étage !)…

Branle-bas de combat dans la rue. Les badauds accourent…

… Et le doute commence à germer dans mon esprit: « Et si tout ça n’est que comédie… Et si la victime s’est absentée, contrairement au témoignage des voisins ? Ce sera la honte… Je serai la risée de mes collègues, qui ne sont pas toujours bien charitables, comme dirait freefounette…"

On met en place la grande échelle, un des sapeurs brise la vitre d’une des fenêtres, l’ouvre ensuite et pénètre dans l’appart, bientôt suivi par un second.
Quelques secondes à peine, mais une longue attente…

La victime est bien là, dans sa chambre, vivante mais allongée au sol, coincée entre son lit et le mur, sur le ventre, victime d’une intoxication médicamenteuse mais aussi de petits traumatismes liés à des chutes successives ; elle est désorientée, certes, mais a priori la situation ne paraît pas trop alarmante.

Je m’occupe de la prise en charge médicale.

Conclusion :
Dans l’absolu, il aurait mieux valu qu’il s’agisse d’une fausse alerte, mais dans mon intérêt, ce n’était vraiment pas le cas !

Morale de l’histoire :
Chacun voit midi à sa porte !

29 novembre 2006

Trouver les arguments...

Louis a soixante ans... Deux passions: la pêche (seul au bord de l'eau, les petits oiseaux, le bon air...) et son contraire, le bistrot (les copains, le brouhaha, la tabagie).

Tout allait bien (jusqu'à présent tout va bien, vous connaissez la musique...) mais le pire était à venir et c'était prévisible!

On vient de lui découvrir un adénocarcinome infiltrant de la loge pré épiglottique, autrement dit un cancer de la gorge.Pas de ganglions, pas de métastases: ça doit pouvoir guérir... Les spé lui proposent une pharyngo-laryngectomie totale à visée curative, « sans alternative thérapeutique »...
La grosse intervention, donc- mutilante(plus de larynx, une sonde de trachéotomie), mais, au bout, la possibilité d'une guérison-.

Pour ce patient très sympa, qui a sans doute eu le tort, de prendre la vie à la légère, c'est une « rude secousse », comme il le dit lui-même. Pour le moment il est réfractaire à l'idée de se faire opérer, à l'idée de ne plus pouvoir parler et d'avoir un « tuyau dans la gorge ». Insupportable pour un homme qui vivait libre, sans femme, sans difficulté financière, sans aucun doute, sans aucun regret, sans aucun remords, peut-être (mais là je m'avance, je n'en sais rien).
On pourrait laisser aller, se dire qu'on le comprend, qu'après tout il est libre et qu'on refuserait également de telles perspectives, mais comment laisser un patient passer à coté d'une possible guérison, ou, au minimum d'une survie bien plus confortable?

Pour le moment, c'est un non franc et massif.
Quant à moi, je suis convaincu de l'intérêt d'une intervention... Il faut trouver les arguments...

Le temps presse!

27 novembre 2006

Savoir communiquer.

Cette fois, on va l’appeler Madame Bilbao, en raison de ses origines espagnoles (mais elle ne s’appelle pas Madame Bilbao, vous connaissez le refrain – secret médical, nécessaire discrétion et tutti quanti-).

Madame Bilbao est une fidèle: je la connais depuis dix ans, et, pourtant, pourtant, je ressens un malaise à chaque consultation. Je ne parviens pas en reconnaître l’origine…

Ce matin, je suis en pleine forme ; j’ai bien dormi, je suis à l'écoute...

C’est, donc, le tour de Madame Bilbao...
Rien de spécial : elle vient pour la surveillance de son hypertension artérielle, et la consultation débouchera, sans doute, sur le renouvellement pur et simple de son traitement habituel.
Effectivement, ça a l’air d’aller : tension normale, auscultation normale, juste un petit rhume.

Commence, malgré tout, la litanie des questions… C’est l’habitude, Madame Bilbao est fort anxieuse et a besoin d’en savoir un plus. Normal !

Extrait du dialogue:
"Cette douleur du coté du cœur, vous pensez pas que ça pourrait être de l’angine de poitrine ?
- Je suis certain que…
Et l’essoufflement quand je monte l’escalier, ça pourrait pas venir du cœur ?
- Je pense que…
Les boutons, là sur la langue, regardez, ça serait pas dû aux médicaments ?
- Il faudrait…"

Euréka…J’aurai du comprendre plus tôt, d’ailleurs : cette patiente pose des questions, mais se fiche complètement des réponses… Mieux, elle ne les écoute même pas… Et encore mieux ( faut le faire !) : elle ne donne même pas à son interlocuteur la possibilité de répondre.
D’où le malaise…

Et je me dis qu’il est bien difficile de communiquer !!!

22 novembre 2006

La feuille d'automne

Une patiente s'est éteinte il y a quelques jours, au terme d'une maladie qui la rongeait depuis plus plus de soixante ans... Elle avait 85 ans et un appétit de vivre intact, malgré tout.

Le jour de ses funérailles, son fils a pris un vieux cahier et il a lu une rédaction-comme on disait à l'époque- que sa maman avait rédigée à l'âge de onze ans: l'histoire d'une feuille d'arbre, vieillie et jaunie (c'est l'automne), qui lutte contre le vent, contre la pluie, et s'accroche désespérément à la branche.
Et puis un jour, elle finit par céder. .. Mais elle tient, en même temps, sa revanche et sa récompense: car le vent l'emméne haut et loin dans le ciel.

Et c'est ce qui arriva...

08 novembre 2006

Action!

Les vacances sont finies.
Action! Mais, avant l'action, la reprise...

Le pire dans la reprise, c'est le premier contact... Avec les secrétaires, avec les confrères... Les premières nouvelles sont rarement bonnes (pourquoi le seraient-elles d'ailleurs?).

Plus souvent, donc, de mauvaises nouvelles: un patient qui va mal ou qui a « disparu » alors qu'on ne l'avait pas prévu...
C'est, d'ailleurs, la pire des situations: le drame médical imprévu. Dans l'imprévu, il y avait, le plus souvent, du prévisible et ce prévisible qui nous a échappé, c'est le drame du médecin, la source de ce qu'il y a de plus pénible: le sentiment légitime de culpabilité...

Alors la bonne nouvelle, c'est l'absence de mauvaises nouvelles.

Mercredi, 20 heures: jusqu'à présent, tout va bien.

24 octobre 2006

Faire confiance?

Une patiente: « Je vous fais entiérement confiance ».

Bizarrement, ce n'est pas du tout ce que j'aime entendre... Ca ne l'a jamais été, d'ailleurs!

« Non, Madame, il ne faut pas me faire confiance totalement (aveuglement): je ne sais pas tout, j'ai des moments de distraction, de fatigue... C'est de votre santé qu'il s'agit, de votre vie peut-être! ».

Voilà ce que je devrais dire et que je ne dis pas.

J'aimerais que mes patients ne prennent pas pour argent comptant mes faits et gestes, qu'ils me posent plus de questions, qu'ils aillent voir ailleurs, quelquefois, même si je ne l'ai pas suggéré.

En bref, je voudrais, et je me répète, même si c'est un peu lâche, qu'ils ne me fassent pas TOTALEMENT confiance!

Je voudrais qu'ils sachent que je fais tout MON possible pour les aider... Mais que ce n'est pas toujours suffisant.

11 octobre 2006

Alprazolam

Geneviève, 50 ans, professeur de Musique et mélomane...
(bon ok, elle ne s'appelle pas Genevieve, elle n'a pas 50 ans: c'est une histoire de secret professionnel, mais ça ne change rien à l'affaire...)

Elle a pris l'habitude de gérer ses problèmes avec de l'Alprazolam (encore appelé Xanax), un tranquillisant...

« Si Mozart, Bach avaient connu ces médicaments anxiolytiques, auraient-ils composé leur chef-d'oeuvres? »: c'est ce que je lui dis, grosso modo, histoire de la freiner dans sa démarche... Elle comprend ce que je veux dire, of course...

Souvent on entend dire que les Français abusent des tranquillisants: je le crois aussi; et je pense que c'est pour cela qu'ils admettent si facilement qu'on se moque d'eux!
Voilà c'était un petit moment de mauvaise humeur, d'autant plus illégitime que je participe à la prescription!

Mais on a le droit d'être désordonné!

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