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29 janvier 2007
Fred et béné (suite et fin).
Allons au plus court, car, vous l’avez deviné : Fred allait au devant d’une grave désillusion.
Car Béné n’était pas enceinte de son mari ; elle n’était pas enceinte du tout, d’ailleurs. Mais elle avait décidé de partir.
Pourquoi ?
Fred ne le saurait jamais vraiment… En tous cas, elle n’était pas parti pour quelqu’un d’autre, a priori, car Béné vit toujours seule.
C’est là que j’interviens. Car Fred vint me voir…. Souvent : au cabinet, chez moi… Ou encore dans un petit bistrot de Wazemmes (un quartier de Lille/ choix impressionnant de bière régionales !) …
Dix fois il m’expliqua son désarroi d’être passé « du grenier à la cave » (je reprends son expression) en quelques secondes à peine. Dix fois il me fit part de son désir de reconquérir son épouse.
Mais je le voyais dépérir : il ne dormait plus, il maigrissait à vue d’œil, ne se rendait au boulot que contraint et forcé. Bref il souffrait d’une dépression que je trouvais bien inquiétante. Je finis par lui suggérer de prendre des anti-dépresseurs ce à quoi il n’avait pas songé. Il refusa d’abord, car il craignait que ce traitement le détourne de son seul but (reconquérir Béné). Je lui rétorquais qu’à mon avis ce ne serait pas le cas, qu’au contraire, apaisé et ragaillardi, il trouverait plus de forces et d’arguments pour arriver au but (j’avoue ne pas avoir été convaincu par mes propres propos, d’autant que je trouvais ce combat bien mal venu).
Il mit quelque temps avant de se décider… Mais il finit par accepter le traitement . Comme toujours, il fallut une bonne quinzaine de jours avant de voir un changement significatif, mais celui-ci finit par arriver ; j’appris bientôt que mon ami et collègue avait pris la route de la Cote d'Azur pour prendre quelques jours de vacances chez son frangin. Là-bas, il fit la connaissance d’une belle jeune femme, Véro, qui, elle-même, se débarrassa promptement de son compagnon. Elle remonta dans le Nord. Le divorce fut prononcé quelque six mois après la rupture.
Depuis Fred et Véro se sont mariés. Je fus invité à la noce ; ce fut le remake du premier mariage à peu de « chose près » ; cette « chose près » fut qu’il y eut une cérémonie religieuse, rendue possible par le fait que les premières noces n’avaient été célébrées qu’en mairie ! Le reste fut à l’identique : même discours, mêmes musiques, mêmes sketchs. Cela me mit mal à l’aise.
C’était il y a trois ans. Je n’ai pas revu les jeunes époux. On m’a dit que leur couple battait de l’aile… Ce n’est pas étonnant : un couple, ça bat toujours de l’aile !
Sic transit gloria mundi.
16:30 Publié dans Amour | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour
27 janvier 2007
Fred et Béné (suite)
« Il faudra qu’on se parle tout à l’heure, c’est important… »
Fred était maintenant sur le chemin du boulot et ces mots lui revenaient sans cesse comme un refrain obsédant.
Bénédicte était une taiseuse…
… Au sens originel du terme : elle parlait peu, mais à bon escient. Elle n’était pas timide –loin de là !-, encore moins taciturne : simplement elle ne supportait pas de se laisser entraîner par une bien improbable logorrhée comme elle le constatait si souvent chez ses congénères, et mettait, donc, un point d’honneur à utiliser le mot juste ; elle s’en voulait toujours d’avoir travesti, involontairement, par mésusage, la réalité, ce qui lui arrivait, malgré tout, quelquefois.
Il était, d’ailleurs intéressant de constater que, lorsqu’elle s’exprimait –ce qui n’était pas rare- on faisait silence : en quelque sorte, c’est la taiseuse qui faisait taire l’auditoire.
Tout cela pour dire, que, dans l’esprit de Fred, la discussion annoncée serait vraiment importante, et, qu’à la réflexion, il n’y avait pas plusieurs hypothèses ; ce soir, Béné allait lui annoncer qu’elle était enceinte.
D’ailleurs tout venait le conforter dans sa réflexion : une modification du comportement (un peu distant), une perte d’appétit manifeste (mise sur le compte d’une tendance nauséeuse) correspondaient, sans aucun doute, à ce qu’on regroupait, dans ses cours d’obstétrique, sous les termes, peu savoureux et bien mal trouvés, de signes sympathiques de la grossesse.
Donc Bénédicte était enceinte; elle allait l’annoncer, de manière « officielle ».
Ce soir, il faudrait être à la hauteur.
A suivre.
12:40 Publié dans Amour | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour
26 janvier 2007
Fred et Béné (2)
« Il faudra qu’on se parle tout à l’heure, c’est important… »
Si Fred n’avait pas réagi avec promptitude, c’est qu’il avait l’esprit embrumé… Mais pas seulement : c’est aussi parce qu’il était en rupture avec le mot « importance » -comme avec d’autres mots d’ailleurs-.
Convaincu que l’être humain était construit avec des mots, Fred avait fini par admettre qu’il était devenu différent : beaucoup des mots qu’il utilisait avaient, maintenant, un sens différent, et il avait souvent la sensation d’être décalé, ou, au moins de marcher de guingois.
Après huit ans de pratique médicale et tout autant d’interventions chez les sapeurs pompiers, n’était « important » que ce qui engageait le pronostic vital. C’est ainsi que sa dernière intervention (un blessé léger coincé dans un véhicule au fossé, sur le toit, par grand froid) avait été classée, dans son esprit, parmi les « interventions sans importance », ce que n’aurait, sans doute, pas apprécié la victime, en proie, elle, aux pires angoisses pendant un temps qui avait dû lui paraître une éternité.
Et s’il acceptait, chez, beaucoup de patients l’usage fréquent et inapproprié du mot « important » , c’était par politesse, ou plutôt par professionnalisme… ou plutôt, encore, simplement par facilité et pour ne pas se mettre la plupart à dos.
Mais, maintenant que le cerveau fonctionnait à plein rendement, Fred devait admettre que Béné utilisait rarement ce mot , que peut-être, d’ailleurs, il ne le lui avait jamais entendu prononcer , ou qu’alors il avait oublié. Pour Béné comme pour lui, le choix du mot juste était la moindre des politesses : cela faisait partie des choses qui avaient assuré la solidité de leur couple (dix ans de vie commune, déjà).
Poursuivant son raisonnement, Fred en vint rapidement à la conclusion que décidément ce soir la conversation serait d’importance.Mais qu’avait-elle à dire ?
A suivre
09:35 Publié dans Amour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour
24 janvier 2007
Fred et Béné
Lorsque le réveil donna, à 6h15, Fred avait encore la tête embrouillée : depuis quelques jours, il avait beaucoup travaillé. Cette nuit encore, sur le coup de deux heures, le bip avait retenti : rien de grave, un accident de la route assez banal (une voiture au fossé, sur le toit, mais comme souvent, dans ce cas, une victime quasi indemne).
Mais Fred avait eu froid, et comme toujours, dans ce cas, il avait eu du mal à retrouver le sommeil ; pourtant, il avait respecté le rituel : un petit casse-croûte, une verveine, quelques pages de lecture. Il avait fini par rejoindre le lit , prenant bien soin de ne pas effleurer Bénédicte qui dormait paisiblement et qu’il ne voulait pas réveiller. Le sommeil avait fini par venir, mais ce matin, il était encore fatigué. Il se donna encore une demie heure de répit ; cela pouvait suffire pour rassembler ses forces et émerger enfin : la journée serait chargée une fois de plus, mais il était possible de retarder un peu l’heure du lever.
La porte de la chambre s’ouvrit lentement : c’était Bénédicte ; comme souvent, elle s’était levée fort tôt : elle aussi avait prévu une grosse journée , et mettait en route un peu plus tôt que son mari.
Café au lit, et quelques mots : « Ca va ? pas trop fatigué ? »
Une moue en guise de réponse.
Elle s’approcha, se baissa : un petit bisou au bord des lèvres
« Il faudra qu’on se parle tout à l’heure, c’est important… Bonne journée ! »
Fred la regarda s’en aller, sans mot dire. Elle était belle, Béné : beaucoup d’aisance dans sa manière d’aller, de venir. Beaucoup d’assurance et de sérénité.
A suivre…
09:37 Publié dans Amour | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, amour
22 janvier 2007
Hommes entre eux
J’ai donc lu « Hommes entre eux » de Jean Paul Dubois : j’y ai fait allusion dans la dernière note. -A peine sorti, ce roman est un des premiers du palmarès des ventes de la Fnac ! (Je sais, ça ne prouve rien!!!)
Paul Hasselbank, atteint d’une maladie orpheline incurable – et qu’on devine dans « la dernière ligne droite »-, n’a plus qu’une idée en tête : retrouver sa femme qui l’a quitté, il y a trois ans, sans crier gare (ou presque) et sans laisser d’adresse. Sa quête va le conduire au Canada : il y rencontre les deux hommes avec lesquels elle a vécu quelques mois : Edouard Tyssen -« riche, intelligent, cultivé suffisant et capable, à tout moment, d’utiliser l’arme paralysante du mépris »- et Floyd Paterson. Ce dernier est un colosse, « un homme entier », vivant en solitaire dans le grand Nord Canadien ; il va héberger et protéger Hasselbank pendant les quelques jours d’un formidable blizzard …
La fin du roman est surprenante voire incompréhensible. Elle m’a déçu : je n’ai, sans doute, pas compris ce qu’il y avait à comprendre et il faudra, peut-être, s’y employer, et pour cela, voir et… comprendre le film « Aguirre et la colère de Dieu », auquel il est souvent fait allusion.
J’ai aimé, malgré cette fin peu vraisemblable (pour le moment !) : le roman se lit facilement, et rapidement… Je me suis senti concerné, entre autre, par un de ces thèmes : « on ne connaît jamais la personne avec laquelle on vit »… Quand je m’en rendis compte, il y a des années, ce fut pour moi une révélation bouleversante.
Maintenant je m’y suis habitué, comme on s’habitue à un principe scientifique incontournable…
15:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, amour
19 janvier 2007
Bravitude, complétude
On a moqué Ségolène pour avoir utilisé le mot « bravitude » sur la Grande Muraille de Chine.
Repéré dans le dernier roman de JP Dubois (« Hommes entre eux »), le mot complétude, qui m’y a fait irrésistiblement penser !
Extrait:
« Elle ne déniait aucune (de ces) qualités à Floyd Paterson, mais seul son sexe l’intéressait chez lui. Sa taille, sa forme, sa réactivité, sa puissance aussi. Rien ne l'excitait davantage que de le sentir entrer en elle et occuper toute la place. Il lui semblait qu'on venait de lui rajouter l'organe qui lui manquait, que la faille était enfin comblée, et qu'elle pouvait fonctionner à plein rendement. C'était exactement ce qu'elle éprouvait, une sensation de complétude apportée par cette chose raide, chaude, et si pleine qu’on l’aurait dite moulée pour elle et elle seule ».
On comprend bien ce que l’auteur veut dire… En réalité si ce mot existe bien, il n’a pas du tout le sens que l’on devine, mais celui d’une « théorie déductive consistante »… Si, si, j’ai vérifié ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Tout ça pour dire que j’ai bien aimé le dernier roman de Jean Paul Dubois- même s’il est, nous dit-on, un peu bâclé, et fait avec de grosses ficelles- : l’histoire d’un homme en proie à une grave maladie orpheline et parti, au Canada, à la recherche de son épouse, partie, elle, sans crier gare et sans laisser d’adresse…
Tout ça pour ça!!!!
11:00 Publié dans Pour le plaisir de parler | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, amour
11 janvier 2007
Robert s'est pendu...
Robert s’est pendu.
Robert tenait échoppe il y a quelques années, dans le quartier, et on faisait des kilomètres pour commercer avec lui. Qu’est-ce qui l’a conduit à une telle extrémité ? La maladie –un cancer de la gorge dont il a été opéré-, la perspective du vieillissement ou autre chose encore ? ? On ne le saura sans doute jamais et, de toutes façons le problème n’est pas là.
Car Robert est vivant : il a été dépendu très tôt et il respire spontanément; son pouls est perçu, mais il est inconscient : Glasgow 4 pour les spécialistes, c’est à dire coma très profond, avec, au moindre stimulus, un mouvement des membres en extension (on parle dans ces cas là de décérébration).
Au cou, on voit les marques de la strangulation et, témoin de ses antécédents, une sonde de trachéotomie.
Nous mettons en route la médicalisation(dans le cas présent une sédation, mais je ne rentre pas dans les détails), avant de le transporter dans un service de réanimation du CHU.
Robert va-t-il s’en sortir, et avec quelles séquelles ? Je ne sais pas ...
Notre action -qui va peut-être priver cet homme de la mort qu’il a choisie- est-elle légitime ? Ce n’est pas à nous sauveteurs de nous poser la question: on ne répond pas à de telles questions dans l’urgence.
Mais à supposer que cet acte soit le fruit d’une longue réflexion, alors nous avons sans doute fait pire que mieux ! ! !
17:05 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine
04 janvier 2007
SDF...
On va l'appeler Sébastien...
Sébastien, patient taciturne et asocial (d’où la suite) m’a raconté, il y a quelques jours, son cheminement et m’a fait part de son projet : acquérir un appartement dans une grande ville du Nord de la France, pour se rapprocher de ses enfants et s’éloigner de sa mère (avec laquelle, il entretient une relation de type sadomaso).
Il m’a expliqué que le chemin le plus sûr consistait à devenir SDF... Ni plus, ni moins...
Le voici donc devenu clochard dans la grande ville en question. Il a élu domicile aux abords d’un centre commercial, et fait la manche aux coté de « Pépé », dont je parlerai bientôt. Le soir, il fait appel au 115 , pour demander à passer la nuit dans un centre d’hébergement ; là, il se fait connaître comme SDF mais demandeur de logement, afin (semble-t-il) de pouvoir bénéficier, promptement, d’un « logement social ».. (je précise que mon patient n’est pas sans ressource puisqu’il dispose d’une pension d’invalidité et des avantages légitimes qui vont avec).
« Pépé » est donc son associé. Pépé ne mange plus, n’ingurgite que de la bière et du vin... Mais il ne quitte jamais sa place, de peur qu’on ne lui la pique : même pas pour aller acheter ses boissons... D’où la nécessité de travailler avec un acolyte, qui, lui, se déplacera ! Ce que fait Sébastien, non sans scrupules : car ayant arrêté de boire depuis plus d’un an, il répugne à souffrir d’une réputation d’alcoolique qu’il ne mérite pas. Au contraire : il ne prend plus le moindre verre de boisson alcoolisée, et, d’ailleurs suit régulièrement un traitement.
C’est d’ailleurs pour un contrôle médical et le renouvellement de son traitement qu’il est venu au cabinet... Il en profite pour m’expliquer quelques principes : se vêtir chichement, mais chaudement (il laisse au domicile de sa mère les quelques vêtements de marque qu’il possède), ne pas importuner les nombreux chalands, partager les revenus (non négligeables en cette période où les SDF sont médiatisés), « bien se faire voir par la Police » (je reprends les termes)et donc, pour ce qui le concerne, rester sobre...
Rester sobre... Cela revient comme un leitmotiv... Il est vrai que Sébastien a déjà payé un lourd tribu aux excès : il ne supporte pas l’alcool en réalité et son absorption se complique bien souvent de ce qu’on appelle, en médecine, une ivresse pathologique. Un soir, il s’était frotté si rudement à sa mère qu’il l’avait envoyée, pour quelques jours, à l’hôpital (trauma crânien, fracture du malaire) ; et même, une nuit, il s’était retrouvé avec le sexe lacéré sans savoir ni comment, ni pourquoi...
Affaire à suivre donc !
09:15 Publié dans observation | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, médecine, santé, sdf
03 janvier 2007
Mes voeux, bien sûr!
Je n’ai jamais cru que la nuit de la Saint Sylvestre lave plus blanc que les autres nuits ; j’ai d’ailleurs plutôt des souvenirs de lendemains alcoolisés, de cerveaux à l’envers, de premier janvier qui déchantent, d’emblée.
Mais je sais que pour d’autres (donc, pour vous, peut-être), début janvier est une période magique, une de celles où on se retrouve immaculé, prêt aux plus belles résolutions. Je sais que certains vont même, les tenir : un de mes patients, par exemple, a décidé d’arrêter le tabac ; il va y arriver; cela lui « sauvera », sans doute, la vie.
Alors je vous souhaite sincèrement mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.
Quant à moi, j’essaierai de tenir un vœu, mais que j'ai fait il y a quelques semaines, déjà : celui de ne pas me mentir...
15:36 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blog

